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Culture

RDC- "Nini to sali te ?":la chanson qui décrit et légitime les distorsions collectives de notre pensée !


L' Orchestre Musique Populaire de la Révolution ( MPR) a mis sur le marché, il y a deux jours, une chanson intitulée "Nini to sali te ?" dans laquelle il décrit notre empire de désespoir et légitime, peut-être sans en apercevoir les distorsions cognitives à la base de la pollution de l'opinion publique.

Dans cette chanson, les auteurs décrivent les grandes étapes du désespoir des Congolais suivant le changement intervenu à la tête du pays, auquel on attachait un flux de bonnes perspectives. Le titre, lui-même, qui voudrait insinuer que les Congolais semblent avoir tout fait est un autre levain des distorsions collectives et génériques. Au-delà de l'entendu, les auteurs décrivent un sentiment, mieux une attitude : le passéisme, cette impression du "mieux qu'avant", régulatrice des passions collectives.

Cette vieille distorsion psychologique semble être un procédé datable de la gloire individuelle et sociale en RDC. Dans tous les domaines, le passé a toujours été meilleur que le présent. Ce passéisme outré a toujours été à la base des préjugés, stéréotypes ou encore d'un flux des décalages discriminatoires.

En musique, tous les "anciens succès" sont meilleurs que les chansons du présent. La musique du moment est empreinte, apprend-on, de l'obscénité alors que le très respecté Franco Lwambo Makiadi est le premier musicien à avoir fait la prison pour avoir composé des chansons obscènes à l'instar de "Hélène" et "Jacquie". Des expressions, sur fond d'un préjugé convenu, telles que "Koffi ya Kala" ou "Koffi ya lelo" dénotent bien cette triste distorsion.

Les anciens diplômés, les anciens prêtres, les anciennes gloires de plusieurs domaines sont toujours meilleurs que ceux d'aujourd'hui. 

Il en est de même des anciens Présidents de la République qu'on croit meilleurs.  Et tout cela, la faute au biais cognitif de négativité.

Le biais de négativité, pollueur attitré de l'opinion publique

En psychologie, le biais de négativité est le phénomène qui fait que les individus sont davantage marqués par les expériences négatives que par les positives, qu'ils prennent davantage en compte les informations négatives que positives.

Selon Serge Ciccotti, "Beaucoup d'évolutions positives sont Invisibles et les médias nous abreuvent d'événements négatifs".

Ce phénomène est trop présent dans la pensée collective des congolais au-delà d'être aussi très générique. 

Dans une analyse psychologique relayée par le chercheur italien Serge Ciccotti, cet effet d'effacement a été observé dans le cerveau des personnes examinées par imagerie cérébrale :" Chez les personnes âgées, une zone nommée complexe amygdalien, qui intervient dans la genèse des émotions, est activée aussi bien par les images positives que par les images négatives alors que cette zone n'est activée que par des images négatives chez les jeunes".

Institution idéologique de la pensée collective et de la formation de l'opinion publique, comme le confirment les théoriciens de l'agenda setting, les médias influent principalement sur la qualité de l'opinion publique. En RDC, la production médiatique est moins rigoureuse et on ne veille pas assez sur ses effets dans la société à cause, en partie, de la précarité des conditions de travail. Le goût du spectaculaire a entraîné une surmédiatisation du négatif au détriment du positif, posture réconfortant le très collant biais de négativité à la base d'un flux de préjugés suicidaires. L'inflation des éditorialistes prosaïques, une catégorie des journalistes très suivis et opérant sans la moindre rigueur sur leur production n'a pas non plus arrangé les choses dans cette entreprise idéale de  sarclage  de l'opinion publique, condition sine qua non dans une démocratie.

Un peuple  du " mieux qu'avant", qui a tendance à béatifier son passé, douleureux soit-il, exposé au dérèglement de l'institution médiatique, foncièrement légère levain de biais de négativité, d'autocomplaisance et des considérations génériques est le pire auditoire à s'adresser. Et les campagnes électorales qui sont ici des scènes de remise des cadeaux en disent long.

"Qui pollue l'opinion publique s'enferre et fait boomerang", disait Zaniolo Pioli.

,Saint Yannick




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