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Culture

RDC : " vingila Mvumbi", la satire de Karmapa qui en dit long sur notre manque de sérieux



Chanson engagée, œuvre satirique de haute portée,  " Maman Yemo" décrit la faillite de l'État congolais en matière de santé publique et la cruauté que cela a créé dans le chef des médecins devenus " affairistes médicaux".

Dans un registre familier et populaire, Jean Jacques Nkibindia peint le mental du " congolais déshumanisé" tourné vers le lucre au "grand" mépris de l'humain.

Il s'appuie sur trois établissements hospitaliers comme sites d'observation pour soutenir sa thèse : l'hôpital général de Référence de Kinshasa (ex Maman Yemo), l'Hôpital Pédiatrique Kalembe Lembe et l'Hôpital général de la Prison de Makala ( Sanatorium). Il les compare aux " maisons hantées" dans lesquelles grouillent les esprits, fantômes et autres forces surnaturelles.

Dans la première partie, l'artiste appelle la population à éviter de se faire soigner dans les hôpitaux publics où négligence, mercantilisme, cruauté, saleté se disputent la vedette.

"Soki na beli, komema ngai na hôpital wana te, na boyi ba tuba ngai tonga ya pharmapoche, ba melisa ngai quinine ya bikedi, bukela ngai makasa ya manga, yela ngai bulangeti na kota Kioka"

Il assimile les établissements hospitaliers publics aux mouroirs. Il s'en va puiser un concept d'une beauté imparable en Kikongo, " Vingila Mvumbi"( =attendez seulement la dépouille) pour désigner ces établissements hospitaliers. 

L'auteur va ensuite, dans la deuxième partie, s'indigner de la capacité d'accueil qui oblige à octroyer " une couveuse à 5 nouveaux- nés" , "des médicaments qui sortent des "poches" de médecins qu'il appelle ironiquement " pharmapoche", "hôpital qui n'a rien : ni produits pharmaceutiques ni seringues et tout doit être acheté par le patient", "pas d'incinérateur", " une promiscuité révoltante".

" Oye na malaria obimi na buka buka, bakonzi soki babeli mbangu na Afrique du Sud, biso peuple, ba pauvres nde batindi na " vingila Mvumbi".

Véritable pamphlet, cette chanson engagée s'en prend à l'État congolais viscéralement démissionnaire dans un secteur pourtant stratégique et vital.

Dans ces établissements  "vingila Mvumbi", c'est l'argent ou rien. Mourir ou survivre, c'est le cadet de soucis du personnel médical qui fait le culte de l'argent. Des gens abandonnés dans les salles d'urgence et soins intensifs pour manque d'argent (...)

"Nyonso, pesa mbongo, kaka mbongo, pona mbongo. Basali mombongo na bokono na ngai, kaka mbongo, pesa mbongo, service public oyo ya ndenge nini, kaka mbongo".

Le sentiment dominant dans cette œuvre sublime, c'est celui d'abandon pour la population qui perçoit le médecin comme " vendeur, sans âme, de la guérison et à qui l'on doit tout son avoir" .  Indignation. Pour le médecin, tout patient est une unité de production et il faut à tout prix le rançonner jusqu'à son épuisement total.

Dans un contexte bien défini, Jean Jacques Nkibindia prévient, interpelle, humanise et se greffe dans la conscience de chacun des congolais pour changer la perception de l'altérité, heureuse ou meurtrie soit-elle.

Saint Yannick




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